1st
Noués par la voix filandière du poète, à travers les siècles, parfums, couleurs et sons se répondent :
When you are old and grey…
When you are old and grey and full of sleep,
And nodding by the fire, take down this book,
And slowly read, and dream of the soft look
Your eyes had once, and of their shadows deep;
How many loved your moments of glad grace,
And loved your beauty with love false or true,
But one man loved the pilgrim soul in you,
And loved the sorrows of your changing face;
And bending down beside the glowing bars,
Murmur, a little sadly, how Love fled
And paced upon the mountains overhead
And hid his face amid a crowd of stars.
William Butler Yeats
Quand tu seras bien vieille et grise, dodelinant
Aux portes du sommeil près du feu : prends ce livre
Et lis sans te hâter, et rêve à la douceur
Qu’eurent tes yeux jadis, dans leurs ombres lourdes.
Combien aimaient alors ta grâce joyeuse,
Qu’ils aimaient ta beauté, de feint ou vrai amour !
Mais un seul homme aima en toi l’âme viatrice
Et aima les chagrins du visage qui change.
Penche-toi donc sur la grille embrasée
Et dis-toi, un peu triste, à voix basse : “Amour
Tu as donc fui, tu as erré sans fin sur la montagne,
Tu t’es caché dans l’innombrable étoile.”
Traduction : Yves Bonnefoy
Ode à Cassandre
Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avoit desclose
Sa robe de pourpre au Soleil,
A point perdu ceste vesprée
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vostre pareil.
Las ! voyez comme en peu d’espace,
Mignonne, elle a dessus la place
Las ! las ses beautez laissé cheoir !
Ô vrayment marastre Nature,
Puis qu’une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir !
Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que vostre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez vostre jeunesse :
Comme à ceste fleur la vieillesse
Fera ternir vostre beauté.
Pierre de Ronsard
Mignonne, come let us see if the rose
Which this morning opened
Her robe of crimson to the sun,
Has not already lost, at evening,
The folds of her crimson robe,
And her complexion, so like your own.
Alas, see how in such short a time,
Mignonne, she has, from above,
Alas, Alas, let her beauty fall!
O Nature, truly cruel,
That such a flower should endure
Only from morning till evening.
Now, if you would believe me, mignonne,
While your young age is in flower
In its verdant freshness,
Pluck, pluck your youth,
Since, as with this flower, old age
Shall tarnish your beauty.
Translation by William Hawley